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Centre Historique de Rouen Rouen Métropole : au Nord de la Seine

Gustave Flaubert 1821-1880 (I)
La normandité d'un maître du roman contemporain

Par sa présence à Croisset, ses attaches familiales rouennaises, la prégnance de la Normandie dans ses romans, son refus de monter à Paris, Gustave Flaubert est ancré à la Normandie. Tous ses lecteurs le savent. Flaubert est géolocalisé. C’est pourquoi la célébration du bicentenaire de sa naissance en 2021 se décline passionnément à l’échelle locale. Et pour célébrer un auteur qui a révolutionné la littérature, les célébrants font assaut d’imagination.

Les normandismes de Flaubert

L’expression est de Flaubert qui évoque « ses normandismes infinis » dans une lettre à son ami Maxime Du Camp (21 octobre 1851) et s’en explique à plusieurs reprises. Conformément aux idées scientifiques du XIXe siècle sur l’influence des « terroirs » sur la personnalité des individus, il attribue à son ascendance normande par sa mère, son esprit d’indépendance et sa mélancolie. Il aime se penser en barbare, précisément en Viking, qu’il voit comme des êtres indomptables, proches de la nature et épris de liberté. 

Flaubert enfant, peinture, Musée Flaubert et de l’Histoire de la médecine, Rouen

Il déclare: « Je suis un barbare, j’en ai l’apathie musculaire, les langueurs nerveuses, les yeux verts et la haute taille ». Est-ce pour son caractère rebelle que Maxime Du Camp le décrit comme un Gaulois ? Rebelle, il l’est depuis sa plus tendre enfance, en refusant d’apprendre à lire jusqu’à l’âge de neuf ans, semant la panique dans la famille, puis en écrivant avec une aisance insolente ses premières œuvres de jeunesse vers quinze ans ( Mémoires d’un fou). Viscéralement, il rejette les modèles familiaux et sociaux de son milieu bourgeois. L’amour-passion aussi lui semble un piège. 

Louise Colet est L’Amazone, Courbet, 1856

C’est pourquoi il rompt avec sa belle amante, Louise Colet, en 1854, après une longue liaison à éclipses. Alors Flaubert rate ses études de droit, n’embrasse pas de carrière professionnelle, reste célibataire. Après la maladie nerveuse qui le frappe dans sa jeunesse, son père, Achille Cléophas Flaubert, chirurgien en chef à l’Hôtel-Dieu de Rouen, renonce à lui faire suivre des études. Flaubert peut alors poursuivre sa vocation d’écrivain.
Quant à son tempérament mélancolique, il le met sur le compte de l’influence climatique. Il confie « J’ai au fond de l’âme le brouillard du nord que j’ai respiré à ma naissance ». 
Au fond, Flaubert se sent en osmose avec son « pays ». 

Les romans normands

L’espace occupe une place importante dans la vie comme dans l’œuvre de Flaubert. Les descriptions des lieux sont précises et souvent sensorielles, comme peuvent l’être des espaces vécus.  

Madame Bovary, un pavé dans la mare

Madame Bovary, première édition, 1857

Ce premier roman mériterait un label de produit normand. Pour qui cherche à identifier les lieux, les personnages, la sociabilité, on est bien en Normandie, dans le pays de Caux et dans la campagne à proximité de Rouen. On y reconnaît les clos masures : « La plate campagne s’étalait à perte de vue, et les bouquets d’arbres autour des fermes faisaient, à intervalles éloignés, des taches d’un violet noir sur cette grande surface grise qui se perdait à l’horizon dans le ton morne du ciel ». 
Flaubert annonce aussi dans ce roman la couleur de la Normandie : vert cru. Il le dit dans une lettre à Louise Colet, 10 avril 1853 : « La seule chance que j’aie de me faire reconnaître, ce sera quand Bovary sera publiée ; et mes compatriotes rugiront, car la couleur normande du livre sera si vraie qu’elle les scandalisera ». 

À peine paru (en 1857), le roman est taxé d’immoralité et Flaubert traîné en justice. Le procureur Pinard a bien compris que derrière la banale affaire d’adultère, il y a une remise en cause des valeurs de la société bourgeoise. La famille, la notabilité, la religion sont écornées. Flaubert gagne toutefois son procès et le parfum de scandale du roman assure son succès. En fait, ce que personne n’a encore réalisé, c’est que l’auteur s’est affranchi des codes du genre romanesque. 

Madame Bovary, « c’est pas moi »

Des critiques ont cherché à identifier les personnages du roman. L’affaire Delamare connue de Flaubert offrait des similitudes. Mais pour Flaubert, Madame Bovary n’est pas réductible à l’histoire malheureuse de Delphine Delamare ou d’autres femmes au destin tragique. Elle n’est pas non plus son clone. Il se défend d’avoir dit « Madame Bovary, c’est moi, d’après moi ». Madame Bovary est une héroïne sortie de la créativité de son auteur et façonnée par un travail d’écriture jusqu’à toucher l’intemporel. 
Le roman raconte l’histoire malheureuse d’une femme bercée d’idées fausses sur la vie, qui fait fausse route, autrement dit, c’est un roman sur l’illusion. Alors comment à partir d’une histoire banale, de personnages plats, d’absence de message, peut-on faire un chef d’œuvre ? Par la perfection de l’écriture, qui crée le vrai et justement le parti pris de la distanciation. La résultante est le style impersonnel, en passe de devenir le nouveau modèle littéraire.
Mais Flaubert réfute être un romancier réaliste. Son réalisme est une affaire d’écriture et de style qui sonne juste. Son perfectionnisme est tel qu’on peut parler de radicalisme de l’écriture. Son amie George Sand lui en fait le reproche : « Garde ton culte pour la forme, mais occupe-toi davantage du fond ».
L’historien Michel Winock comprend que cette nouvelle esthétique de l’impersonnalité qui « laisse le lecteur juge » avait de quoi décontenancer un lectorat habitué au roman traditionnel édifiant.

Comment Ry s’est réinventé

Ry, signalétique de la promenade au pays d’Emma Bovary

L’incessante recherche des lieux du roman, grâce aux indices laissés par Flaubert, a conduit le village de Ry à revendiquer l’honneur d’être le modèle de Yonville-l’Abbaye, puis à s’identifier au village de fiction du roman en s’appropriant l’histoire. Alors Madame Bovary est assurément Delphine Delamare, Charles Bovary, l’officier de santé Eugène Delamare, ancien élève du père de Flaubert, Homais est le pharmacien Jouanne, Hivert, le voiturier de l’Hirondelle, est Thérain. On prospecte aussi les environs pour établir les concordances. Le château de Vaubyessard est le château du Héron …

Ry, vue d’ensemble du NE, 1971. Cliché Miossec © Normandie Inventaire général

Ainsi Ry, ce village embrumé où coule le Crevon, (la Rieulle dans le roman), ses maisons à colombages, sa mairie-halle sur une place propice aux comices agricoles, est devenu le village d’Emma. Une signalétique dans Ry atteste la réalité fictionnelle. Festivals Bovary et promenades littéraires guident les pas des touristes.

Les Trois contes (1877) : des thèmes flaubertiens de prédilection

Deux de ces contes sont inspirés par le patrimoine rouennais.

Tympan Saint-Jean de la cathédrale, la danse de Salomé et Hérodiade

Avec Saint Julien l’Hospitalier, Flaubert renoue avec la veine mystique. La légende du saint est racontée dans La Légende dorée de Jacques de Voragine et Flaubert la connaît grâce au vitrail de la cathédrale de Rouen. Dans Madame Bovary, on le voit à travers le regard de Léon qui attend Emma dans la cathédrale. 
Avec Hérodias qui figure dans le tympan du portail Saint-Jean de la cathédrale avec la danse de Salomé et la décollation de saint Jean-Baptiste, il renoue avec l’histoire antique et se place dans la veine de Salammbô.

L’histoire d’Un cœur simple se passe dans la campagne normande, du côté de Pont-l’Evêque, le pays de sa mère. Flaubert raconte l’histoire d’une humble servante dont la vie est marquée par le travail et les deuils. La Félicité du conte a quelque chose de Julie, la servante de son enfance. Chef d’œuvre d’humanité et de perfection stylistique, ce roman du terroir était dédié à George Sand (décédée avant la parution du roman), pour lui montrer qu’il est aussi un être tendre et sensible et pas seulement un écrivain froid. 

Bouvard et Pécuchet est aussi un roman normand, puisque les deux compères déploient leur « bêtise » en Basse-Normandie. Cette œuvre s’annonçait comme un réquisitoire cinglant de la bêtise de ses contemporains (bourgeois, « demi-savants » comme Homais, hommes politiques). Mais avec le décès de Flaubert en 1880,  l’œuvre reste en suspens, de même son complément, le Dictionnaire des idées reçues, piquant recueil d’aphorismes.  

Les « normandismes » linguistiques de Flaubert

Flaubert émaille ses romans normands de mots et d’expressions venant du patois cauchois ou des parlers normands, ayant perçu la richesse du dialecte régional. Ainsi, le temps « crassineux » évoque une Normandie triste.

Flaubert et Rouen : « Je t’aime, moi non plus »

Des relations conflictuelles avec Rouen

« L’ermite de Croisset » vient peu à Rouen. Il fréquente toutefois la bibliothèque municipale, alors dans l’hôtel de ville.

Fiacre devant Saint-Ouen, La Normandie illustrée, 1852

À l’origine des dissensions, il y a sans doute la scène du fiacre dans Madame Bovary.
La bourgeoisie rouennaise ne peut comprendre que ce fils et frère de chirurgiens éminents ne travaille pas, écrire n’étant pas un travail.
Lorsque Flaubert se déchaîne dans une Lettre à la municipalité de Rouen (1872), qui refuse un endroit pour édifier un monument à son ami Bouilhet, décédé en 1869, stigmatisant au passage tous les bourgeois en général, il crée la rupture. La haine s’installe lorsqu’ils découvrent dans sa Correspondance, publiée après sa mort, des phrases assassines comme « Le bourgeois de Rouen est toujours quelque chose de gigantesquement assommant et de pyramidalement bête ».  

Tombe de Flaubert, au Cimetière Monumental

L’enterrement de Flaubert

Ultime règlement de compte, peu de Rouennais suivent le convoi funèbre menant Flaubert au Cimetière Monumental. Aucun fonctionnaire municipal ne se dérange, d’après M. Winock. 
 Zola raconte qu’à l’enterrement de son ami, le 11 mai 1880, « on n’aurait peut-être pas compté deux cents Rouennais dans le maigre cortège. […] Beaucoup ne savaient même pas quel était le mort qui passait ; et, quand on leur nommait Flaubert, ils se rappelaient seulement le père et le frère du grand romancier […]. La vérité doit-être que Flaubert, la veille de sa mort, était inconnu des quatre cinquièmes de Rouen et détesté de l’autre cinquième ».
Sa tombe au Monumental est bien modeste, limitée à une étroite stèle blanche comme celle de sœur Caroline, au pied des monuments funéraires de ses parents.

Des honneurs posthumes mesurés

Dans le cadre d’un programme iconographique sur l’écriture, un Flaubert en pied est représenté par le fresquiste Paul Baudoüin, sur le palier de la bibliothèque municipale (1889).
Pas de statuomanie pour Flaubert. Un bas-relief antiquisant est bien inaugurée en son honneur en 1890 dans le square Verdrel. Mais la statue en bronze du sculpteur Bernstamm (1907) est financée par un comité parisien et l’inauguration est confidentielle. Elle est fondue durant la Seconde Guerre mondiale par les Allemands, refaite en 1965 et érigée place des Carmes. 

Statue de Flaubert, de Bernstamm, place des Carmes, Rouen

 En 1951, Flaubert n’est doté que d’une demi-rue, commençant de l’autre côté du boulevard des Belges, la première portion partant de la place du Vieux Marché restant rue de Crosne. En compensation, le rang d’avenue ! 
En 1963, un lycée lui est consacré, en fait à l’origine, un collège technique de filles, en zone périphérique. 
En 2006, on lui dédie le 6e franchissement de Rouen. Et aux médias de saluer le Pont Flaubert comme un évident signe de réconciliation entre l’écrivain et la ville de Rouen !

Flaubert à Croisset

Flaubert est né à l’Hôtel-Dieu de Rouen (12 décembre 1821) et décédé à Croisset (8 mai 1880) où il passe une grande partie de son existence.

L’écrivain des champs

Attaché à Croisset, Flaubert s’offre toutefois des escapades à Paris, où il mène une vie mondaine et libertine. Là, il fréquente le salon de la princesse Mathilde, rencontre ses amis parisiens, Daudet, Zola, les Goncourt, et ses maîtresses. Mais le Viking fait aussi des voyages exotiques. Avec son ami Maxime Du Camp, il fait un long voyage en Orient (1849 – 1851) (Égypte, Palestine, Asie mineure, Constantinople, Grèce …). En 1858, Il part en Algérie et à Carthage, en prévision de son roman Salammbô.

Suite à sa maladie, son père a acheté la maison de Croisset en 1844, en bordure de Seine, qui lui offrait un cadre serein. La famille s’y installe aussitôt. Avec le décès de son père puis de sa sœur Caroline, la même année en 1846, il y vit avec sa mère et sa nièce Caroline qu’il faut élever. Le décès de sa mère en 1872 laisse la maison bien vide. Elle lui lègue par testament la ferme de Deauville qui lui assure des revenus, et en usufruit la maison de Croisset (qui échoit à Caroline). Il peut donc continuer à vivre à Croisset.

Un flaubertien note qu’il y a chez Flaubert à la fois « le désir de partir » et « celui de s’enfermer ».  Mais l’organisation de son travail d’écrivain génère la sédentarité.

Manuscrit de Madame Bovary, Editions des Saints Pères

Lorsqu’un projet littéraire se dessine, Flaubert fait de longues recherches documentaires. Puis après l’élaboration du scénario, commencent les affres de la composition, intégrant le test du « gueuloir » quand le texte prend forme, pour tester la musicalité de la phrase. À la fin, il lit son œuvre à ses amis, au cours de longues séances de lecture. Bouilhet est « son accoucheur littéraire ». Dans ces conditions, il lui faut cinq ans pour faire un roman. 

Enveloppe d'une lettre à Louise Colet
Courrier à Louise Colet

Seuls les hommes de ses amis sont conviés à Croisset, Du Camp, Bouilhet, mais pas ses maîtresses, surtout pas Louise Colet. À Croisset, Flaubert pratique l’amour épistolaire, qui ne dérange pas sa tranquillité ! Il y invite aussi des écrivains :  Maupassant, les frères Goncourt, Tourgueniev ainsi que George Sand en 1866. Et le mélancolique savait faire rire ses amis ! 

La patrimonialisation de la maison de Croisset

Depuis l’Orient, Flaubert pense avec nostalgie à sa maison : « Là-bas, sur un fleuve plus doux, moins antique, j’ai quelque part une maison blanche dont les volets sont fermés, maintenant que je n’y suis pas. » (Voyage)
Les gens des environs connaissent la maison de Croisset, de même Flaubert, qui est un personnage. Les mariniers et les Rouennais qui se rendent le dimanche à la Bouille en bateau, essaient de l’apercevoir en train de déclamer, vêtu de sa longue robe de chambre et d’un pantalon à l’oriental.

Le label de maison d’écrivain reconnu à la maison de Corneille à Petit-Couronne (1878) donne l’idée aux décideurs locaux d’y associer la maison de Flaubert à des fins touristiques. 

Pavillon Flaubert, Croisset

Pourtant, à cette époque, il ne reste plus que le « pavillon Flaubert », la maison ayant été vendue par sa nièce et détruite dès 1881 pour construire une usine qui sera rachetée par la papèterie Aubry. 
Alors faute de pouvoir vanter les charmes de la belle demeure du XVIIe siècle, les chantres de la normandité n’ont cessé de tarir d’éloges la belle allée de tilleuls, censée être typique des propriétés normandes, et le Val de Seine. Pourtant à cette époque, le site est déjà rattrapé par l’industrialisation. En rapport avec la retraite que s’imposait l’écrivain et la proximité des abbayes, le lieu est présenté comme l’ermitage de Croisset et Flaubert comme « l’ermite de Croisset ». Il est de ce fait idéalisé comme un écrivain des champs. Et comme pour Corneille, la patrimonialisation de sa maison contribue à sa normandisation.

Appartement de fonction du père de Flaubert dans l’hôtel-Dieu, actuellement Musée Flaubert et d’Histoire de la médecine

Le pavillon, acheté par le Comité Flaubert, est transformé en 1906 en musée, donné à la ville de Rouen en 1907 et géré par la bibliothèque municipale. A l’occasion des premières commémorations en l’honneur de Flaubert (qui raillait ce genre de cérémonies et s’était mis à dos les notables), le pavillon Flaubert joue sa carte. En 1911, il est associé au Millénaire de la Normandie. En 1921, pour le centenaire de la naissance de l’écrivain, Croisset se débat pour rester l’épicentre mémoriel local, aidé par l’Association des Amis de Flaubert. Mais voilà qu’en 1923 est créée à Rouen, dans l’ancien appartement de fonction d’Achille Flaubert dans l’Hôtel-Dieu, transformé en musée, une reconstitution de la chambre natale de Flaubert, véritable sanctuaire pour ses admirateurs.
En 2019, le pavillon Flaubert et le musée Flaubert et d’Histoire de la médecine ont été réunis aux Musées de la Métropole.

 

Le patrimoine littéraire hérité de Flaubert

Bibliothèque de Flaubert, hôtel de ville de Canteleu

Faute de disposition testamentaire, contrairement à Victor Hugo qui avait prévu de léguer ses œuvres à la Bibliothèque nationale de Paris, les livres et les manuscrits de Flaubert échoient à sa nièce Caroline Commanville. S’il avait anticipé, aurait-il jeté ses manuscrits (30 000 pages), ses inédits, sa correspondance qui donnent beaucoup d’informations sur son processus d’écriture et l’homme ?
Caroline gère au mieux le legs, en fonction de ses intérêts et avec le souci de préserver la réputation de son oncle. C’est pourquoi elle vend une partie des livres de sa bibliothèque et fait disparaître certains écrits.
Sont finalement passés à la postérité, les ouvrages légués aux collections publiques, notamment les romans « normands » ­– Madame Bovary, Bouvard et Pécuchet sont donnés à la Bibliothèque municipale de Rouen (en 1914), ainsi que les ouvrages légués à Louis Bertrand (académicien ami de Caroline), revenus en grande partie à Croisset au terme de démarches compliquées.

La bibliothèque patrimoniale de Flaubert

Les Soirées de Médan, recueil dédicacé par Zola, Maupassant et les autres coauteurs

À la mort de Flaubert, il y avait 1689 ouvrages, actuellement 1628, dont un bon millier ayant appartenu à Flaubert. Ils sont toujours dans ses trois bibliothèques en chêne, aux colonnes torsadées, placées à l’origine dans son cabinet de travail, et depuis 1990, dans l’hôtel de ville de Canteleu, salle de la Rotonde.
Parmi eux, des livres de travail, certains annotés par lui. Les livres dédicacés par des écrivains montrent son réseau littéraire. C’est donc une précieuse bibliothèque d’auteur que possède Canteleu.

La conservation des œuvres dans les lieux publics fait le bonheur des chercheurs flaubertiens. Ainsi Gabrielle Leleu (1893-1971), devenue bibliothécaire à la Bibliothèque municipale de Rouen, travaille à partir de 1931 sur le manuscrit de Madame Bovary et les brouillons pour produire une « nouvelle version », dite Pommier-Leleu, intégrant les textes inédits (1949).
Dans la continuité, Yvan Leclerc, à la tête du laboratoire de recherche de l’université de Rouen, a lancé la mise en ligne de tous les documents venant de Flaubert, et à partir du corpus, l’étude critique des œuvres. 

Flaubert et l’histoire vécue

Contrairement à ce qu’on pouvait penser, Flaubert n’est pas complètement replié sur lui-même. La défaite de 1870 et l’invasion prussienne l’ont bouleversé et ont fait naître en lui une ferveur patriotique. 

Il suit attentivement les événements, oscillant entre l’optimisme, l’espoir et le pessimisme. Dans sa correspondance  avec George Sand, on trouve des analyses visionnaires. Après la défaite de Sedan, il se met à estimer les hommes de la Défense nationale et soutient la République parce qu’elle se bat. Il est témoin des effets terribles de l’invasion prussienne en Normandie. Croisset est occupé, sa maison réquisitionnée à deux reprises par les Prussiens. Certes, il a peur pour ses petites affaires, mais surtout il a mal pour la France. Il pressent la Commune et sa terrible répression. La paix revenue, il comprend que la haine de l’Allemand et le climat revanchard vont conduire à la catastrophe. 

Flaubert 76 aujourd’hui

Flaubert par E. Giraud, 1867, peinture à l’huile, château de Versailles

L’association des Amis de Flaubert, devenue Amis de Flaubert et de Maupassant, est très active, à l’échelle de la région et de la France. Son bulletin publie des articles innovants et fait le point sur l’état de la recherche.  
Un Hôtel littéraire Flaubert a ouvert ses portes en 2015 à Rouen (au total, il y en a actuellement cinq en France). Il est devenu le lieu confortable de conférences littéraires.   

Isabelle Huppert est Madame Bovary dans le film de Chabrol, 1991

Madame Bovary reste une référence. Comme le personnage est devenu intemporel et universel, par l’art d’écrire de Flaubert, elle inspire de nombreuses adaptations  libres, littéraires, audiovisuelles,  graphiques. Ainsi Gemma Bovery d’après la BD de Posy Simmonds. 
Jouer Madame Bovary au cinéma est un défi pour les réalisateurs et les actrices.  Parmi elles, Isabelle Hubert, dans le film de Chabrol (1991), tourné dans la Normandie de Flaubert. On l’attend comme présidente de Flaubert 21.

Flaubert, qui s’est ingénié à devenir invisible dans son œuvre, lui dont le patronyme renvoyait au  père, est finalement devenu au XXe siècle une référence dans la littérature européenne et américaine, et un ambassadeur de la Normandie. 

Les Sources

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