Parcours européens à Rouen

Centre Historique de Rouen Rouen Métropole : au Nord de la Seine

La Corderie Vallois
Un lieu emblématique de l'industrie cotonnière normande et européenne

Du moulin à coton (1822) …

La roue de la Corderie, sur un des biefs du Cailly

Située le long du Cailly, à Notre-Dame de Bondeville, l’histoire de cette corderie est inséparable de  l’industrie cotonnière rouennaise du 18 au 20e siècle, qui prend son essor  dans les  vallées des affluents au nord de la Seine ; en effet, la mode des indiennes (les habits de coton à la mode indienne)  commence à se répandre dans la bonne société. Au milieu du 18e siècle, la production se fait en ordre dispersé, les négociants donnant du coton filé à tisser aux tisserands du pays de Caux. Bientôt sous la pression de la concurrence anglaise, très en avance sur le continent, l’industrie se concentre dans des « moulins à coton », mus par la force hydraulique. Le coton filé sert également à faire des tresses pour fabriquer des mèches, des cordages marins ou d’ameublement …

Entre 1815 et 1820, quinze nouvelles filatures hydrauliques sont édifiées sur les rives du Cailly. En 1850, 51 filatures, 4 entreprises de tissage, 22 indienneries et 17 teintureries jalonnent la rivière, faisant de cette vallée un petit Manchester rouennais ; la Seine-Inférieure est à l’époque le premier département pour cette industrie en France.

La concurrence des « mécaniques anglaises »

Cet essor concerne aussi d’autres régions européennes : l’industrie textile et la métallurgie sont les moteurs principaux de la révolution industrielle. La Grande Bretagne a une longueur d’avance dans ce décollage (le fameux take off), grâce à la mise au point de la navette volante de John KAY (en 1733 !) qui permet de tisser des toiles beaucoup plus larges avec un seul ouvrier, dans un laps de temps plus court, ce qui aggrave la pénurie de fil et pousse à l’invention de machines à filer plus efficaces que les rouets à la main traditionnels. James HEARGRAVES, charpentier et tisserand résout le problème en inventant (en 1764) une machine à filer très efficace, la spinning jenny, permettant de filer simultanément plusieurs bobines. Dès lors il ne restait plus qu’à inventer des machines à vapeur pour faire tourner ces machines et abaisser le prix du fil et du tissage … et du bobinage. Moins chers malgré des droits de douane importants, les produits anglais inondent le continent poussant les fabricants normands à la modernisation de leurs installations.

Ainsi la corderie Vallois, un ancien moulin à papier, est agrandie par Marie-Rose Fouquet en 1821 sur 4 étages à pans de bois de 17 m de côté, dotée d’une roue hydraulique puissante de 7,30 m de diamètre (toujours en activité aujourd’hui) et transformée en filature de coton. La matière première arrive au port de  Rouen, surtout en provenance des plantations du sud des États-Unis. C’est à l’époque, à Rouen, l’ère du coton roi, le King cotton
La guerre de sécession (1860-65) provoque une crise d’approvisionnement et une reconversion temporaire dans le filé de laine.

Quelques détails techniques

À la corderie Vallois, pas de machine à vapeur mais la force de l’eau de la rivière du Cailly. Pour éviter les à coups du mouvement rotatif dus aux variations du débit de la rivière et à l’inertie de la roue hydraulique, un ingénieux système de roues intermédiaires est mis au point.

Le mouvement rotatif horizontal produit par la roue hydraulique est transmis par cette roue à engrenage, à l’extérieur des ateliers, à des roues actionnant des courroies de transmission, à l’intérieur . Ces courroies entraînent , grâce à des engrenages, un mouvement rotatif vertical aux machines à bobiner et tresser le fil de coton, situées en batteries, les unes à côté des autres, sur des broches.

 

… à la corderie Vallois (1880)

Jules Vallois rachète l’entreprise et la transforme en corderie, très productive puisqu’il importe de puissantes machines anglaises capables de produire du câble de coton de gros calibre et des tressés plus fins, dont l’industrie est alors gourmande.

Le coton provient des bobines de fil produites par d’autres usines de la vallée. L’affaire est florissante jusqu’à la crise économiques des années 1930. L’effectif est alors d’environ quarante ouvrières dans les ateliers.

Les conditions de travail des ouvrières y sont pénibles : semaine de cinquante heures, froid l’hiver, poussière et chaleur l’été. Elles sont payées au rendement et à la quinzaine. Un climat paternaliste et bienveillant règne cependant dans cette usine dont le patron, marqué par le christianisme social, cherche à améliorer l’ordinaire en attribuant des jardins potagers à cette main d’œuvre recrutée dans la vallée. Peu de conflits dans cette usine, malgré la rudesse des conditions de travail.

Machine à tresser mue manuellement à disposition des visiteurs

Que produisait-on à la corderie Vallois ? Essentiellement 3 produits :
– Les moulinés, par assemblage et torsion de fils de coton.
– Les câblés, par torsion de fils moulinés (câblés fins) ou de torons (gros câblés). Ces productions se faisaient au rez de chaussée sur des machines en fonte de fabrication anglaise
– Les tresses, par entrelacement de fils simples ou assemblés étaient produites au 1er étage sur des machines plus légères.

Ces produits servaient à la conception de divers articles. Le principal débouché était l’industrie textile des vallées rouennaises, gourmandes en cordes de coton pour les courroies de transmission (cordes à tambour et cordes à broches). Le mouliné était utilisé pour fabriquer le câblé fin, produit à la corderie. Mais il pouvait également être vendu aux tapisseries pour réaliser des tissages. Les années 1950 voient une diversification nécessaire des débouchés qui permet à l’usine  de produire à façon de la passementerie, de la bonneterie, des amarres, drisses et écoutes pour la marine de plaisance, des mèches à briquet et à bougies.

La fermeture  (1978) et la transformation en musée de l’industrie (1994) ; un sauvetage exemplaire !

le musée industriel

La concurrence des pays à bas coût de main d’œuvre, le développement des textiles artificiels réduisent la demande. Il ne reste plus que 10 ouvrières avant la fermeture de l’usine, en 1978.

Le site est sauvegardé (ainsi que son mobilier industriel), grâce à un classement en 1975 comme Monuments Historiques, un rachat du terrain à la famille Vallois par le syndicat intercommunal de Notre-Dame de Bondeville – Le Houlme en 1978. En 1989, la région décide d’en faire un musée d’archéologie industrielle, en recréant l’ambiance des ateliers  et en montrant le fonctionnement des  machines, assez sophistiquées. En 1994, le 1er musée industriel de France ouvre ses portes ; il est géré depuis 2016 par la Métropole Rouen-Normandie.

C’est un musée vivant : les machines tournent et donnent une très bonne idée du fonctionnement d’une usine textile utilisant l’énergie hydraulique (donc renouvelable).

Sources:

Photos: Chantal Cormont, Corderie Vallois. Video : Gérard Grancher,

Réal E., Perrin-Lalouette X., La Corderie Vallois, Itinéraires du patrimoine, n°18, SRIHN, Rouen, 1996.
Alexandre A., La sauvegarde du patrimoine industriel : les actions d’une association dans l’agglomération rouennaise. Études normandes 50-1, 2001.
Accessible en https://www.persee.fr/doc/etnor_0014-2158_2001_num_50_1_1401

https://corderievallois.fr/fr/le-musee
https://corderievallois.fr/fr/preparez-votre-visite

Comment s’y rendre? c’est à Notre Dame de Bondeville, 185 route de Dieppe.

Vous aimez ? Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *